Roger Federer vient de s’adjuger un nouveau titre du Grand Chelem. Le quatrième en Australie. Le seizième au total. Plus qu’une nouvelle victoire en tournoi majeur, le Suisse a donné l’impression de survoler la compétition. Sept adversaires, 2 sets perdus, 2 branlées infligées à d’anciens finalistes en Grand Chelem, et un sentiment général. Celui d’une domination outrancière, insolente, effrayante presque outrecuidante. Une domination telle qu’elle confère une sorte d’aura, une invulnérabilité ne souffrant aucune exception.
Rappelez‐vous, il y a 3 ans, Roger Federer venait signer dans le métro parisien une affiche publicitaire représentant Rafael Nadal avec le slogan suivant : Qui peut l’arrêter ? Le Suisse avait ajouté au dessus de sa signature « Je vais faire mon max ». Son max n’avait pas suffit, l’Ibérique avait ratatiné tous ses adversaires jusqu’en finale où le numéro 1 mondial n’avait pu remporter plus d’un set. C’était la période du grand Rafa, du Rafa terrien invincible, du Rafa collant des branlées aux tout meilleurs y compris Roger, cf la finale de Roland Garros 2008. Le Suisse avait beau dominer l’ensemble de la planète tennis, un seul lui résistait. Un seul empiétait sur ce sentiment d’invulnérabilité. Rafael Nadal, qui avec son grand lift de coup droit déglinguait le revers à une main du Suisse, qui avec son mental d’exception était près à soulever des montagnes. Il était devenu le seul et l’unique à faire vraiment peur à Federer. Sur gazon puis sur dur, le Majorquin avait dominé son maître helvète, deux fois en finale de Grand Chelem. Mais maintenant que Rafa n’est plus ce qu’il était, la faute à des blessures récurrentes, Roger est redevenu ce qu’il avait été. Un monstre.
« J’ai créé un monstre ». Roger Federer, Open d’Australie 2008. Le Roger Federer d’alors ne perdait que 4, 5, 6 matches par an. La machine à gagner qu’il avait élaborée ne tombait que très rarement en rade. Ou alors face à Rafael Nadal, toujours la même histoire. Puis la période de doute est venue. La période de déprime, la période de l’avènement de son dauphin de toujours. Rafael Nadal encore une fois. Le champion suisse avait perdu de sa superbe, s’inclinant plus souvent, contre des adversaires plus étonnants. Le monstre devenait bien moins impressionnant. Et encore récemment, Roger avait concédé des défaites plutôt surprenantes, face à Julien Benneteau à Bercy, Nikolay Davydenko à Londres ou encore Robin Soderling à Abu Dhabi. Trois garçons qui ne l’avaient jusqu’alors jamais battu.
Les réponses aux doutes légitimement créés suite à cette étrange série de défaites, notamment face à Davydenko, ont été trouvées ces 15 derniers jours à Melbourne Park. L’on s’en doutait, l’on en est désormais certain. Quand le Suisse veut vraiment aller au bout, lorsqu’il est définitivement excité par l’enjeu de sa performance, il se sublime et met tout le monde d’accord.
Ni la cadence de Davydenko, ni le punch de Tsonga, ni l’intelligence et le talent de Murray n’auront eu raison du Suisse. Des tout meilleurs joueurs du monde, peu semblent en mesure de trouver la réponse face au maître. Une fois en Grand Chelem, Federer redevient « monstrueux ». Les formats en cinq sets lui donnent le temps nécessaire à gommer ses imperfections, à trouver des réponses tactiques et à faire agoniser ses adversaires les plus résistants. Federer domine presque outrageusement un sport qui n’a rarement connu une telle concurrence. Une insolence qui, en l’absence du meilleur Rafael Nadal, soulève une interrogation : Qui pourra l’arrêter ?
Cette nuit à Melbourne, Andy Murray avait décidé de venir chatouiller le numéro 1 mondial sur son revers, considéré comme son – relatif – point faible. Rafael Nadal ayant bâti ses victoires face au Suisse sur une maîtrise des diagonales coup droit espagnol, revers helvète, la tactique écossaise semblait à première vue censée. Elle s’est transformée en fiasco retentissant. Murray, droitier, ne possède ni le lift de l’Espagnol, ni sa fantastique puissance. Résultat, l’Ecossais n’a en rien gêné son adversaire et s’est coltiné tout du long des revers liftés, chopés, court croisés, appuyés, bombés croisés et même long de ligne en demi‐volée. Et oui. On connaissait Roger Federer au super coup droit, on a vu Roger Federer au splendide revers. Alors si l’on ne peut même plus venir chatouiller le Suisse sur son côté faible, comment faudra‐t‐il s’y prendre pour le faire plier ? Murray se le demande encore. Bon nombre de ses collègues aussi. Bon règne Roger.
Publié le dimanche 31 janvier 2010 à 15:15



